Rendez-vous incontournable de la finance africaine, le S&P Global Rating Africa Summit 2025, s’est tenu le jeudi 20 novembre à Johannesburg en Afrique du Sud autour du thème : « The Path to Capital Markets ».
Le Directeur Général de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), Dr Edoh Kossi Amenounvé, dont l’institution fut un invité spécial, est intervenu sur le panel de haut niveau intitulé : « Debating Funding Strategies: From Capital Markets and Private Credits to Blended Finance« .
Il a exprimé sa gratitude à Samira Mensah et à S&P Global Ratings pour l’invitation de la BRVM et a souligné que « le fait que le Sommet mette l’accent sur les marchés de capitaux témoigne de l’engagement de S&P Global Ratings à promouvoir les bourses africaines et à renforcer la sensibilisation sur leur rôle dans le financement de l’économie du continent. ».
Dr Amenounvé a débuté son intervention en expliquant que les marchés de dette (qui donne accès à divers instruments financiers comme les obligations, les bons de Trésor…) offrent de nombreux avantages par rapport au financement bancaire traditionnel et au crédit privé.
Le premier avantage est leur capacité à répondre aux besoins de financement à long terme, avec des volumes plus importants et des maturités qui reflètent les anticipations des investisseurs sur l’évolution de l’inflation et des taux d’intérêt dans l’économie.
Le second concerne le coût de mobilisation des ressources, généralement moins élevé sur les marchés de capitaux par rapport aux autres sources. Pour les États, cela est essentiel pour réduire le service de la dette.
Le troisième avantage réside dans l’accès à un large éventail d’investisseurs, qui connaissent mieux les émetteurs et préparent ces derniers à accéder au marché actions. Cela est particulièrement vrai pour les entreprises privées, car les marchés de dette constituent une bonne transition vers les marchés des actions pour une croissance durable.
Enfin, la liquidité apportée par le marché secondaire rend les marchés de dette plus attractifs.
Dr Amenounvé a ajouté que les marchés de dette, avec leurs instruments variés, contribuent au développement de l’épargne à long terme et au tracé de la courbe des taux.
Abordant la question de la technologie et des plateformes digitales, il a souligné qu’elles transforment très rapidement le paysage financier à l’échelle mondiale. Il se dit convaincu que le futur de la finance sera digital.
« Les bourses ont montré la voie en initiant le trading électronique il y a plus de 40 ans. Mais elles accusent aujourd’hui un retard par rapport aux télécoms, fintechs et banques dans la mise en œuvre de la digitalisation pour accélérer l’inclusion financière. Elles doivent rapidement se connecter à cet écosystème », a-t-il déclaré.
Et de poursuivre : « La blockchain (qui repose sur de longues chaînes de confirmation pour certifier la validité d’une transaction, garantissant un haut niveau de sécurité) est l’une des technologies qui pourrait contribuer à cette inclusion. Elle renforce la confiance dans les marchés financiers en apportant davantage de sécurité et de transparence. L’intelligence artificielle (IA) est également un facteur de transformation majeur dans le secteur financier. De nombreuses banques utilisent déjà l’IA dans le processus d’octroi de crédit. Je pense que les bourses n’ont pas le choix : elles devront adopter l’IA dans le conseil en investissement, la gestion d’actifs et l’éducation financière. Cela changera profondément leur manière d’offrir les services. »
Selon Dr Amenounvé, la technologie facilitera l’accès aux marchés de capitaux pour les particuliers et les PME en réduisant les barrières et les coûts. En évoquant la finance décentralisée, il a rappelé : « Dans les années 90, nous étions concentrés sur la régulation versus la dérégulation, car l’on estimait à l’époque que l’assouplissement de certaines règles jugées trop strictes favoriserait la croissance dans l’industrie financière. Les résultats ont été mitigés, car les crises – financière, monétaire et sanitaire – ont montré l’importance de la régulation pour protéger les investisseurs et assurer la résilience des économies ».
« Aujourd’hui, nous parlons de centralisation versus décentralisation, car les acteurs de la finance et les investisseurs expriment un besoin d’opérer plus librement, avec moins de restrictions et en évitant les lourdeurs administratives », poursuit-il.
Dans l’univers des bourses, les contrats intelligents et les systèmes de règlement basés sur la blockchain pourraient créer un cadre unifié, en temps réel, pour les transactions transfrontalières, réduisant ainsi les risques opérationnels, les coûts, et rendant les bourses africaines plus attractives pour les investisseurs locaux et internationaux. À terme, cela pourrait constituer un catalyseur pour une intégration plus profonde des marchés et attirer davantage de liquidités à travers le continent. Mais il a insisté sur la nécessité de rester vigilants quant aux risques, aux incompréhensions et aux mauvaises utilisations.
Le Directeur Général de la BRVM a encore répété que la finance de demain sera digitale. Cela crée des défis supplémentaires pour les bourses africaines, qui n’ont pas encore résolu certaines problématiques existantes – attirer les introductions en bourse de nouvelles entreprises, renforcer la profondeur de leurs marchés, accroître leur liquidité, etc. – et doivent désormais affronter la digitalisation.
Il a conclu son intervention en affirmant : « Nous sommes à une période charnière où nos bourses doivent mener un combat sur deux fronts. Mais je demeure convaincu que, fortes de leur résilience et de leur capacité d’innovation, les bourses africaines continueront à jouer un rôle déterminant dans le financement à long terme de nos économies, à créer de nouvelles opportunités d’épargne et à ouvrir davantage l’accès aux marchés pour les investisseurs institutionnels comme pour les particuliers. »

